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Si lors des précédents articles de cette série consacrée aux microphones, nous avons abordé ces derniers sous l'angle conception et fonctionnement, c'était surtout dans le but de tenter de faire le point sur ces appareils. Pour le praticien, ces éléments servent effectivement à l'établissement d'un choix en vue d'une utilisation particulière. Toutefois, d'autres aspects des microphones gardent leur importance sur le plan pratique. Nous vous proposons d'aborder ici un certain nombre de points souvent mal connus des utilisateurs, car ne figurant que très rarement au niveau des fiches techniques des fabricants.
LA SENSIBILITÉ
AU VENT
Un micro n'étant pas toujours utilisé dans le confort d'un studio ou de tout autre endroit très adapté à une prise de Son, il peut être exposé à divers mouvements de l'air extérieur : au vent principalement «en extérieur», aux déplacements d'air liés à l'objet enregistré, ou encore au déplacement rapide du micro dans l'air calme (micros mobiles sur perche par exemple). Le résultat dans tous les cas est similaire à un grondement pouvant prendre diverses formes sonores suivant le type de conditions en présence. Ce phénomène est toujours perçu comme une gêne parasitant le signal utile et pouvant saturer les préamplificateurs. Peu nous importe l'analyse physique exacte du phénomène, du moins dans la pratique, on cherchera à l'éliminer. Toutefois, il faudra considérer l'action de ce déplacement d'air comme une onde sonore à fréquence particulièrement basse et de grande amplitude. La capsule microphonique recevra cette «information» sous la forme d'une onde la saturant, liée à la vitesse du déplacement de l'air environnant. Mais comment atténuer, voire faire disparaître ce phénomène ? Filtrer le signal électriquement n'est pas une solution satisfaisante : en effet, on se prive des fréquences utiles du Son enregistré qui se trouvent dans le bas du spectre audio et la capsule du micro restant saturée, ne se comporte plus en régime linéaire. Le Son sera donc fortement distordu et aigre. L'utilisation d'un filtre passe-haut ne pourrait se justifier que dans des cas peu catastrophiques (vent léger, mais à la limite de l'admissible) et à condition de fixer la fréquence de coupure assez bas (en dessous de 50 Hz certainement). Il est clair que le mieux est de travailler au niveau acoustique. Deux manières de procéder peuvent s'envisager. Celles-ci pouvant être complémentaires pour une plus grande efficacité. D'une part, on choisira, dans la mesure du possible, un microphone peu sensible au vent, par principe ou par construction. D'une manière générale, les capsules omnidirectionnelles sont les plus favorables. Mais, par construction, certains micros sont mieux protégés que d'autres contre le vent, des corrections adéquates de la courbe de réponses ayant été prévues par le fabricant pour compenser les inévitables irrégularités en fréquence qu'apportent tous matériaux situés devant la membrane («coloration du Son»). Un micro à ruban sera souvent insortable au moindre vent, alors qu'un dynamique omnidirectionnelle y restera presque insensible.
D'autre part, si le choix du micro s'impose, qu'il y ait du ventou non, il faudra bien faire avec, et par conséquent, le protéger du vent. Gardons bien à l'esprit que, si le vent est un ennemi puissant du Preneur de Son, il suffit de lui diminuer sa toute puissance pour le rendre domptable ! En termes plus physiques, si le vent est important c'est que les molécules d'air se déplacent rapidement, essayons de les freiner jusqu'à ce que le micro les accepte comme quantité négligeable. C'est possible. Soit que le micro soit placé judicieusement par le Preneur de Son dans une «zone d'ombre» (vu sous l'aspect du vent), c'est-à-dire profitant d'un obstacle au vent qui, sans chercher le jeu de mot, servirait de «paravent». Soit, en entourant le micro d'un obstacle, mobile avec lui, qui est connu sous le qualificatif de « Boule anti-vent». Ce nom, pratique et parlant, est certainement surfait : l'objet est rarement sphérique, et encore plus rarement efficace au point de mériter le label «antivent». C'est toutefois le meilleur moyen de lutte dont on dispose dans bien des cas.
FREINER LE VENT
C'est sous ce titre un peu poétique, tant mieux, qu'il faut faire quelques remarques. Celles-ci ne sont pas nouvelles pour les ingénieurs du Son expérimentés, car la pratique les confirme souvent.
Le micro sera peu sensible au vent, si celui-ci est freiné par un obstacle quelconque, nous l'avons dit. Freiner ne veut pas dire arrêter. Si le capteur est situé derrière un objet massif par rapport au vent, le flux des molécules d'air butteront brusquement sur lui. Les molécules n'appréciant pas la plaisanterie, trouveront une parade immédiatement : une surpression se créera devant l'obstacle, entraînant bien sûr une dépression (légère !) derrière lui, ainsi, comme la nature a horreur du vide, celle-ci se chargera de le combler anarchiquement. Ainsi, derrière l'obstacle où le micro peut croire être à l'abri, une situation encore plus désastreuse peut se créer : il s'y installe une zone de turbulences. |
Ainsi, un obstacle, «opaque» au vent, n' est que rarement la bonne situation. D'autant que l'objet en question (un mur, un tronc d'arbre, une voiture) sera également «opaque» pour le Son utile qui peut provenir de l'autre côté de lui. Pour être efficace, l'obstacle au vent de ce type devra essentiellement être de grande taille. Mais, un obstacle perméable en partie au vent sera souvent plus efficace : un rideau d'arbres, une clôture grillagéepar exemple. De plus, ce type d'obstacle, qui fait perdre de la vitesse au vent sans le détourner réellement, engendre un Son naturel de vent qui lui, peut favorablement, illustrer la séquence ou l'enrichir. En conclusion sur ce point, le micro sera mieux disposé dans une zone protégée par un tel «filtre à vent» que par un obstacle compact, étanche, générateur de turbulences encore plus perturbantes. Une analogie avec l'eau (un fluide comme l'air finalement) illustre assez bien ce qui vient d'être dit et peut être utilisée dans chaque cas particulier par l'ingénieur du Son prévoyant son implantation microphonique en environnement venteux (!). Imaginons une rivière barrée par un grillage de clôture (pourquoi pas ?), l'eau passe à travers les mailles du grillage, elle diminue automatiquement sa vitesse, mais derrière ce barrage peu ou pas de marques à la surface de l'eau. Plus loin, un barrage naturel de rochers volumineux montrera derrière chaque rocher des remous sérieux. En voilà assez pour les obstacles naturels. Une « Boule anti-vent» sera d'autant plus efficace qu'elle parviendra à l'exemple du grillage dans la rivière, à freiner le sans création de remous ou turbulences pour le micro situé immédiatement derrière (ou plus exactement dedans). C'est la raison pour laquelle, un voile textile est souvent plus efficace pour protéger un micro qu'une couche de mousse plus massive qui souvent ne recouvrira que la capsule du micro, sans en protéger le corps. D'autres facteurs très importants interviennent aussi et il faut en tenir compte lors de la fabrication d'un tel accessoire :
- la distance entre le voile textile et la capsule est très importante quant à l'efficacité «anti-vent». Ainsi, un textile tendu à quelques centimètres de la capsule, donnera de bien meilleurs résultats que ce même textile collé contre la capsule elle-même.
- la protection intégrale du micro, capsule et corps, mais aussi les premiers centimètres de câble (très souple).
Ainsi, une bonne « Boule anti-vent» sera généralement construite autour d'une suspension de micro élastique, et formera une cage maintenant un voile textile léger (tulle, bas nylon etc ... ) à quelques centimètres du micro, tout entier englobé dans cette dernière. Certains modèles de boules anti-vent présentent une double cage, rendant l'accessoire particulièrement efficace vis-à-vis du vent, tout en assurant une bonne «transparence» au Son utile. Rappelons nous, en effet, (premier article de cette série) que les fréquences aiguës sont facilement atténuées ou arrêtées par des obstacles situés dans le champ sonore. Tout ce qui vient d'être dit ici, à propos du vent, est évidemment valable dans le cas de tout déplacement d'air, qu'il provienne de la source sonore (enregistrement en très gros plan d'un speaker) ou qu'il provienne du déplacement rapide du micro (micro sur perche par exemple).
SENSIBILITÉ À D'AUTRES PARASITES:
BRUITS DE CONTACT
Un micro peut être pris en main ou installé sur un support transmettant des vibrations. Ainsi par contact, celui-ci recueillera des bruits divers non souhaités dans le cadre de la prise de Son. Ici, encore certains micros sont plus sensibles que d'autres. D'une manière générale, on fait appel à une suspension élastique, limitant la transmission des vibrations. Cette suspension peut être interne au micro et située dans le corps lui-même (cas des micros de scène genre Shure 565, D021B de Lem pour le reportage à la main), soit externe. La suspension devient alors un accessoire dont il existe plusieurs types dans le commerce. Comme tout système élastique, celui-ci présente un amortissement à certaines fréquences de la vibration, et une relative rigidité à d'autres. Une suspension sera donc plus efficace si elle comporte plusieurs «étages» d'élasticité (souvent appelées double suspension ou suspensions à double effet», qui assureront l'amortissement sur une plus large échelle de fréquence de vibrations. L'emploi d'une suspension élastique, même du type «à simple effet», est toujours souhaitable, que l'on utilise le micro en bout de perche (indispensable) ou sur un support reposant sur le sol.
CHAMPS
MAGNÉTIQUES
Si le micro est utilisé en studio cinéma ou télévision, il existe fréquemment un fort champ magnétique rayonnant des câbles, des transformateurs et autres accessoires nécessaires au service d'éclairage. Le risque de capter ce rayonnement est assez grand. Il s'en suit une «ronflette» ou ronronnement parasite à 50 Hz très gênant et qu'il convient d'éliminer. Ce parasite peut être capté par le micro lui-même ou par son câble de ligne. Les micros électrodynamiques sont particulièrement sujets aux rayonnement; magnétiques, leur bobine mobile devient un excellent induit. Sur les micros professionnels de ce type, le fabricant prévoit généralement un contre-enroulement dit «de compensation des champs magnétiques» qui immunise pour une bonne part le moteur du micro. Il reste les câbles. Si le câble du microphone fait des boucles, voire, présente une partie restée roulée, voilà encore formé un excellent capteur de parasites magnétiques. Ces situations sont fréquentes en studio de télévision où beaucoup de prises de Son se font à partir de micros suspendus à leur câble. Ainsi, le micro se trouve hors champs et il est facile de régler sa position en l'accrochant sur le grill (*) du studio. Mais alors, la proximité des projecteurs et de leurs câbles dans lesquels circulent de forts courants alternatifs, favorise le risque de capter par induction la fameuse et peu esthétique «ronflette» bien connue. |